Avi Avital – Biographie

Si la popularité de la mandoline a décliné au XIXe siècle avec l’évolution des goûts et l’apparition d’instruments d’orchestre plus puissants, récemment Avi Avital a redonné du lustre à l’instrument en revitalisant son répertoire et en le tirant de sa niche pour le replacer au centre de la vie musicale. « Je considère comme ma mission de combler le trou historique dans le répertoire pour mandoline, de faire en sorte qu’à l’avenir on ne manque pas de bonnes partitions pour cet instrument », explique-t-il. Son art éloquent, qui s’exerce dans un vaste répertoire depuis des transcriptions vertigineuses des Quatre Saisons de Vivaldi jusqu’à des œuvres de commande, associe à une virtuosité époustouflante une musicalité étincelante et une expression intense.

En 2010, Avital est le premier mandoliniste à être sélectionné aux Grammy®, dans la catégorie « Meilleur soliste instrumental », pour son enregistrement du Concerto pour mandoline d’Avner Dorman. Il signe en exclusivité chez Deutsche Grammophon en 2012 et fait peu après son premier disque pour le label jaune avec au programme ses propres transcriptions de concertos pour clavecin et pour violon de Jean-Sébastien Bach – le disque est salué par le BBC Music Magazine qui admire « la pureté technique » et un son « d’une beauté envoûtante ». Avital montre son intérêt pour la musique moderne avec l’album suivant, Between Worlds (janvier 2014), un florilège d’œuvres s’inspirant de traditions populaires et signées Bartók, Bloch, Falla, Piazzolla, Tsintsadze et Villa-Lobos. Le critique britannique Geoffrey Norris a beau n’avoir jamais été sensible à la mandoline au cours de sa longue carrière au Telegraph, il qualifie Between Worlds de « disque kaléidoscopique digne des Nations Unies, joué avec finesse, énergie, vélocité et une émotion captivante ».

En mars 2015 sort le disque suivant, Vivaldi, qui propose du maître italien le Concerto pour mandoline et des transcriptions d’autres pages concertantes, notamment de L’Été des Quatre Saisons, ainsi que le chant vénitien traditionnel La biondina in gondoleta, interprété par Juan Diego Flórez. Le San Francisco Chronicle admire le « sens aigu du spectacle » du mandoliniste dans des partitions qui « servent de véhicules à une démonstration de virtuosité, de dynamisme rythmique et même d’expression de l’âme ». Le disque est récompensé par un prestigieux ECHO Klassik, couronnement des louanges qu’il reçoit tous azimuts.

Avital Meets Avital, à paraître en juin, renferme les sublimes fruits d’un dialogue créatif entre Avi Avital et son homonyme israélo-américain, le bassiste de jazz, compositeur et bandleader Omer Avital. « La musique de ce disque, explique Avi, raconte l’histoire d’une relation particulière. C’est la rencontre entre deux musiciens qui ont suivi des chemins artistiques divergents mais ont une histoire familiale similaire. C’est une conversation musicale sur les sonorités et la signification de son chez-soi, sur la mémoire et sur la liberté. » La plupart des morceaux ont été écrits spécifiquement pour le disque et s’inspirent de diverses traditions musicales, notamment d’Afrique du Nord, des Balkans et d’Andalousie.

Avi Avital est né en 1978 à Beersheba, ville du désert dans le sud d’Israël. Il commence la mandoline à l’âge de huit ans et ne tarde pas à jouer dans l’orchestre de jeunes local, un remarquable ensemble de mandolines fondé par le violoniste d’origine russe Simcha Nathanson. Professeur charismatique, Nathanson fait appel à des transcriptions de pièces pour violon et laisse une forte impression sur le jeune Avi. « Il m’a appris la musique, souligne-t-il. À mes yeux, l’instrument n’est pas l’important. »

Avital se forme à l’Académie de musique de Jérusalem puis en Italie, au Conservatoire Cesare Pollini de Padoue où il ingurgite la science d’Ugo Orlandi sur le répertoire historique de la mandoline. Il ne tarde cependant pas à rompre avec la tradition et à chercher sa propre identité artistique. Des rencontres avec diverses traditions musicales, depuis le bluegrass et le jazz jusqu’aux musiques du monde, et ses duos avec son mentor, le grand clarinettiste klezmer Giora Feidman, préparent le terrain pour le travail de pionnier qu’il s’apprête à entreprendre.

Le tempo de son cheminement s’accélère en 2007 lorsqu’il est le premier mandoliniste à remporter en Israël le Concours Aviv destiné aux jeunes musiciens à l’aube d’une carrière professionnelle. Suivent une succession de débuts, entre autres, au Carnegie Hall et au Lincoln Center de New York, au Wigmore Hall de Londres, à la Philharmonie de Berlin, au Konzerthaus de Vienne, à la salle de concert de la Cité interdite de Pékin et au Gewandhaus de Leipzig. Les choses ne s’arrêtent pas là : il se produit aux festivals de Ravenne, Salzbourg, Spolète, Tanglewood et Verbier, et entreprend des tournées internationales avec l’Australian Brandenburg Orchestra (en Australie), la Kölner Akademie (en Chine), et le Venice Baroque Orchestra (en Europe, au Japon et en Amérique du Nord et du Sud).

Il forge des relations étroites avec plusieurs interprètes ayant la même ouverture d’esprit sur l’exploration musicale, notamment avec le claveciniste Mahan Esfahani, l’accordéoniste Ksenija Sidorova et le percussionniste Itamar Doari. Parmi les grands moments des dernières saisons, citons ses récitals avec Esfahani au Wigmore Hall et en Allemagne, en Autriche et en Suisse ; ses grandes tournées consacrées au programme de Between Worlds, avec Sidorova et Doari, en Europe, en Amérique du Sud, à Taïwan et aux États-Unis ; et ses concerts avec le Deutsches Symphonie-Orchester de Berlin, le Philharmonique de Los Angeles, le Symphonique d’Atlanta, le Philharmonique d’Israël et le Mahler Chamber Orchestra.

Il a donné en mars de cette année des concerts en Amérique du Nord avec Omer Avital et s’apprête à se produire à nouveau avec lui en juin, juillet et octobre en Europe, notamment au Wigmore Hall, au Konzerthaus de Vienne et au Megaron d’Athènes. On pourra en outre entendre leur duo au Festival du Schleswig-Holstein où Avi, choisi cette année comme artiste en résidence, sera vingt fois à l’affiche. Il aura ainsi vingt occasions de cultiver sa passion pour la mandoline dans un vaste éventail de prestations, depuis des récitals de soliste jusqu’à des concerts avec Feidman et Kremerata Baltica en passant par des duos avec Esfahani et un concert atelier.

4/2017