Yannick Nézet-Séguin

Rare sont ceux dont le parcours est déterminé dès l’âge de dix ans. C’est pourtant l’âge auquel Yannick Nézet-Séguin décida de devenir chef d’orchestre. Vingt-neuf ans plus tard, il continue de réaliser son rêve avec des résultats spectaculaires. Dix ans n’était finalement pas si jeune que ça dans son cas : il avait commencé le piano à cinq ans et allait remporter de nombreux prix au Conservatoire de musique et d’art dramatique du Québec, dans sa ville natale de Montréal. Mais le véritable tournant de sa vie musicale vient en 1994 – il a dix-neuf ans –, lorsqu’il fait la rencontre du grand chef italien Carlo Maria Giulini, qui devient son mentor.

Se pénétrant tranquillement de la sagesse du vieux maestro, il se lance dans la carrière avec la certitude qu’un chef d’orchestre est là pour servir la musique, et non l’inverse. Cette attitude pleine de modestie ne tarde pas à conquérir le public et les orchestres qu’il dirige. 

Lorsqu’il fait ses débuts européens, en 2004, il a appris le métier de chef avec des chœurs régionaux et fondé son propre ensemble vocal et orchestral, La Chapelle de Montréal. Il est devenu en 2000 directeur artistique et chef titulaire de l’Orchestre Métropolitain, et il a dirigé toutes les grandes phalanges du Canada. Puis l’appel du grand large s’est fait sentir.

Il est invité à diriger la Staatskapelle de Dresde, le Philharmonique de Berlin, la Staatskapelle de Berlin, l’Orchestre de la Radio bavaroise, le Philharmonique de Vienne (à Salzbourg, Lucerne et Vienne), l’Accademia Nazionale di Santa Cecilia, l’Orchestre philharmonique royal de Stockholm et l’Orchestre de chambre d’Europe. Il débute aux BBC Proms en 2009 avec le Scottish Chamber Orchestra, y retourne l’année suivante avec l’Orchestre philharmonique de Rotterdam, dont il est le directeur musical depuis 2008 – année où il devient aussi premier chef invité du London Philharmonic Orchestra.

Il se produit également dans divers festivals, à Edimbourg, Saint-Sébastien, Grafenegg, ainsi que, en Amérique du Nord, à Saratoga, au Festival de Lanaudière, au Vail Valley Music Festival, et au Mostly Mozart. 

En 2013, il prolonge son contrat à Rotterdam jusqu’à l’été 2018. Il devient également pour trois ans « artiste en résidence » au Konzerthaus de Dortmund où sont projetés, entre autres, une série de concerts Mendelssohn avec l’Orcheste de chambre d’Europe (2014–2015), et une intégrale des symphonies de Bruckner avec le Philharmonique de Vienne, la Staatskapelle de Dresde, l’Orchestre de la Radio bavaroise et l’Orchestre philharmonique de Rotterdam (2015–2016).

Durant l’été 2012, il signe un contrat à longue échéance avec Deutsche Grammophon et se lance dans une série d’enregistrements des sept opéras mozartiens de la maturité. À un Don Juan « fortement recommandé » par le BBC Music Magazine, en 2012, succède l’année suivante Così fan tutte, avec le ténor Rolando Villazón (« Le jeune chef Yannick Nézet-Séguin, formidable, nous donne une interprétation dynamique, nuancée et miraculeusement naturelle. » – New York Times). Suivront Idoménée, L’Enlèvement au sérail, Les Noces de Figaro, La Clémence de Titus et La Flûte enchantée, tous avec Rolando Villazón. 

Ses deux premiers disques Deutsche Grammophon avec orchestre sortent en septembre 2013. Dans l’un, il dirige l’Orchestre de Philadelphie, dont il est devenu directeur musical en 2012 et dont c’est le premier enregistrement en studio pour une grande maison de disques depuis 1997, année d’un autre album Deutsche Grammophon. Sur le disque figurent Le Sacre du printemps de Stravinsky, et des pages de Bach et Stravinsky transcrites pour orchestre par Stokowski. L’autre disque, avec l’Orchestre philharmonique de Rotterdam, propose un programme Tchaïkovski : la Symphonie pathétique et un choix de romances tirées des opus 6 et 73 avec la violoniste Lisa Batiashvili en soliste.

En 2014 sort chez Deutsche Grammophon son intégrale des symphonies de Schumann, avec l’Orchestre de chambre d’Europe, et chez Decca son Faust de Gounod, avec Jonas Kaufmann et l’Orchestre du Metropolitan Opera.

Les premiers concerts de Nézet-Séguin avec l’Orchestre de Philadelphie, notamment ses débuts au Carnegie Hall dans le Requiem de Verdi, recueillent des critiques dithyrambiques. À côté de ses programmes d’abonnement et de ses tournées, il dirige trois concerts au Carnegie Hall chaque saison. Revenant se produire dans cette prestigieuse salle après son Verdi triomphant, il suscite le commentaire suivant d’Anthony Tommasini dans le New York Times : « Ce concert de Yannick Nézet-Séguin, qui fait suite à ses débuts en fanfare au Carnegie Hall en octobre, a été phénoménal. L’orchestre, réputé pour ses cordes vibrantes et son timbre riche et homogène, n’a jamais aussi bien sonné. »

Yannick Nézet-Séguin est aussi à l’aise sur l’estrade que dans la fosse. Il débute au Festival de Salzbourg en 2008 dans une nouvelle production de Roméo et Juliette, retourne dans la ville autrichienne pour la Semaine Mozart 2010 et pour Don Juan aux festivals 2010 et 2011. Au Metropolitan de New York, où il se produit chaque saison, on a pu l’entendre dans Carmen, Don Carlos, Faust, et La Traviata.

Il débute à La Scala en 2011, se fait également applaudir à Covent Garden et à l’Opéra des Pays-Bas, et dirige toute une série d’opéras au Festspielhaus de Baden-Baden.

Début 2014, il se produit beaucoup aux États-Unis et au Canada, notamment à New York, au Metropolitan Opera (Roussalka) et au Carnegie Hall. En plus de ses engagements fixes, il partira en 2014 en tournée européenne avec le Philharmonique de Rotterdam et retournera diriger les Philharmoniques de Vienne et de Berlin, ainsi que l’Orchestre de la Radio bavaroise. En mai–juin, il fera une grande tournée en Chine avec l’Orchestre de Philadelphie. Il donnera également L’Enlèvement au sérail en version de concert avec Anna Prohaska et Rolando Villazón, en juillet, au Festspielhaus de Baden-Baden, et Le Vaisseau fantôme avec Bryn Terfel, en septembre, à l’Opéra de Vienne.

Yannick Nézet-Séguin a été honoré par plusieurs distinctions, notamment le prestigieux Prix de la Royal Philharmonic Society ; le Prix du Centre national des Arts, une récompense fort convoitée au Canada ; le Prix Denise-Pelletier, la plus haute distinction décernée par le gouvernement du Québec dans le domaine des arts. En 2011, il est nommé docteur honoris causa de l’Université de Québec, à Montréal, et en 2012 il est fait compagnon de l’ordre du Canada.

Le voyage a été long, depuis l’époque où le petit garçon de dix ans a pris sa décision jusqu’au moment où il est devenu l’une des plus brillantes stars de la baguette. Dans un entretien au Guardian, il confie : « Ce qui est curieux, c’est que quand on est jeune on rêve de quelque chose sans vraiment en saisir toutes les implications. Mais je n’ai finalement pas eu beaucoup de surprises sur le chemin qui m’a mené à ma carrière de chef d’orchestre. J’en ai rêvé, et ce rêve est devenu réalité. »

Musicien de son époque, Yannick Nézet-Séguin jette toutefois un regard assuré vers le passé. Si sa rencontre avec Carlo Maria Giulini, survenue après qu’il eut écrit au maestro des mots flatteurs sur son interprétation de Bruckner, fut une étape importante de son parcours, Charles Dutoit, qu’il a toujours considéré comme une source d’inspiration, occupe également une place particulière dans son cœur. Par sa manière originale et enthousiaste d’aborder la musique, le jeune Canadien occupe une position à part, riche de promesses pour l’avenir.

2/2014

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