Alice Sara Ott - Biografie

Douée d’une technique impressionnante et d’une profonde musicalité, la pianiste germano-japonaise Alice Sara Ott fait partie des interprètes les plus fascinants de sa génération. Les commentateurs ont salué le raffinement et l’intensité de son jeu poétique qui a suscité des comparaisons avec de grands pianistes du passé. Ce jeu est guidé par le souci de trouver l’essence des œuvres qu’elle aborde ; surtout, il s’appuie sur sa capacité innée de déployer dans chaque interprétation une vaste palette d’émotions et d’idées.

« Sa technique est éblouissante, sa sonorité merveilleusement variée […] et l’énergie qui nourrit son jeu semble insatiable », s’enthousiasme le Guardian au moment de la sortie de son premier disque Deutsche Grammophon. Dans le compte rendu d’un concert où elle avait joué le Premier Concerto de Liszt avec le London Symphony Orchestra, le même quotidien écrit que « sa brillante prestation, à vous laisser bouchée, était digne d’un pianiste légendaire ». Si les superlatifs des commentateurs ont contribué à lancer sa jeune carrière, elle reste les pieds sur terre et considère son développement à long terme. « Je veux être encore capable de jouer et de communiquer avec les gens à travers la musique à quatre-vingts ans », souligne-t-elle.

Alice Sara Ott est née à Munich en 1988 d’un père allemand et d’une mère japonaise. C’est en assistant à un récital avec ses parents, à l’âge de trois ans, qu’elle se prend de passion pour le piano. L’année suivante, on lui donne ses premières leçons. Travailler le piano ne lui posera jamais de problème : « Ma mère devait littéralement m’arracher à l’instrument, se souvient-elle. » La jeune Alice progresse à la vitesse de l’éclair : peu après son cinquième anniversaire, elle arrive en finale d’un concours de jeunes musiciens à Munich. À douze ans, elle entre au Mozarteum de Salzbourg dans la classe d’un professeur réputé, Karl-Heinz Kämmerling, et s’épanouit au contact de son enseignement. En 2002, à tout juste treize ans, elle est la plus jeune finaliste de l’histoire du Concours de l’académie de piano Hamamatsu et reçoit la distinction « Artiste la plus prometteuse ». Elle obtient ensuite un premier prix au Concours Bach de Köthen, en 2003, et un autre premier prix au Concours de Val Tidone, en 2004.

En 2006, elle joue à Tokyo dans la phase finale de la série « Cent pianistes internationaux », étalée sur dix ans. Depuis, elle a des admirateurs nombreux et fidèles au Japon. Avec son souhait de partager la musique classique avec le public le plus vaste possible, elle conquiert des auditeurs dans le monde entier. « Je veux tordre le cou à l’idée que la musique classique s’adresse seulement aux gens riches et cultivés, dit-elle. C’est faux. On n’a pas besoin d’être cultivé pour apprécier la musique classique ; on se cultive en l’écoutant. »

Sa carrière internationale démarre avec une série de débuts prestigieux en Europe. Elle recueille notamment les louanges de la critique avec le Concerto en sol de Ravel, en 2006, qu’elle interprète avec la Tonhalle de Zurich et David Zinman. En 2008, à Bâle, elle fait impression en remplaçant au pied levé Murray Perahia en récital. Sa passion de la musique de chambre l’amène à jouer en Europe avec d’autres jeunes instrumentistes remarquables. Ainsi débute-t-elle au Festival de Lucerne en 2010 et au Festival de Verbier en 2012.

À l’automne 2012, elle joue avec Lorin Maazel et le Philharmonique de Munich dans la capitale bavaroise et avec l’Orchestre symphonique de la NHK à Tokyo. Suivent en 2013 des concerts avec l’Orchestre philharmonique tchèque, le Philharmonia Orchestra et l’Orchestre symphonique national de Washington. Durant la saison 2014–2015, elle débute avec les Orchestres de Toronto, Chicago et Los Angeles, et donne son premier récital au Wigmore Hall de Londres. Elle fait également une grande tournée avec Francesco Tristano à travers l’Europe, au Japon et jusqu’à Melbourne, en Australie, où ils jouent les versions pour deux pianos d’œuvres liées aux Ballets Russes, notamment Le Sacre du printemps de Stravinsky et La Valse de Ravel. Sa saison 2015–2016 commence par une tournée où elle reprend des morceaux de son disque The Chopin Project, réalisé en collaboration avec le compositeur et instrumentiste islandais Ólafur Arnalds. Ce disque, qui sort chez Mercury Classics en avril 2015, fait connaître la pianiste à un nouveau public et se classe premier au palmarès britannique de musique classique et sur iTunes dans vingt-cinq pays.

La saison 2016–2017 d’Alice Sara Ott s’ouvre sur une tournée de récitals au Japon avec des pages de Grieg et de Liszt. Elle jouera en novembre le Premier Concerto de Tchaïkovski avec le Philharmonia Orchestra et Vladimir Ashkenazy, en février le Concerto en sol de Ravel à la nouvelle Elbphilharmonie de Hambourg, et en mars le Troisième Concerto de Beethoven en tournée au Japon avec l’Orchestre NDR de l’Elbphilharmonie. Puis elle reprendra sa tournée Grieg et Liszt en avril et en mai avant de refermer la saison avec le Concerto de Tchaïkovski au Kennedy Center de Washington.

C’est en 2008 qu’elle a signé un contrat exclusif avec Deutsche Grammophon. L’année suivante sort son premier disque DG où figurent les redoutables Études d’exécution transcendante de Liszt. Il est acclamé. Son deuxième album, l’intégrale des valses de Chopin, arrive en janvier 2010, à temps pour commémorer le bicentenaire de la naissance du compositeur. Son premier enregistrement avec orchestre pour le label jaune – le Premier Concerto de Tchaïkovski et celui de Liszt, avec le Philharmonique de Munich et Thomas Hengelbrock – lui vaut d’être élue « Jeune Artiste de l’année » aux Echo Klassik 2010. Suit en août 2011 un disque Beethoven, avec notamment la Sonate « Waldstein », dont Classic FM Magazine loue l’équilibre et la lucidité ; puis, en janvier 2013, Pictures, qui réunit les Tableaux d’une exposition de Moussorgski et la Sonate en ré majeur D 850 de Schubert, enregistrés en direct à Saint-Pétersbourg.

La discographie Deutsche Grammophon de la pianiste s’élargit le même mois avec son enregistrement des Trois Romances pour violon et piano de Clara Schumann, où elle a pour partenaire la violoniste Lisa Batiashvili, puis en septembre 2014 avec la sortie de Scandale, le disque en duo avec Francesco Tristano qui renferme Le Sacre du printemps dans la version pour deux pianos de Stravinsky. Le dernier album DG en date, Wonderland (sortie en septembre 2016), est consacré à Grieg : il réunit le Concerto pour piano, interprété avec l’Orchestre symphonique de la Radio bavaroise et Esa-Pekka Salonen, et un choix de Pièces lyriques pour piano seul.

Alice Sara Ott ne se contente pas de donner des concerts et d’enregistrer, elle travaille aussi avec plusieurs grandes marques internationales. Début 2016, elle devient Global Brand Ambassador de Technics, la marque haute-fidélité du groupe Panasonic Corporation. Pour JOST, l’une des grandes marques allemandes de la mode, elle dessine une ligne de sacs en cuir haut-de-gamme qui présentent des éléments origami, reflet de ses origines japonaises, et dont l’intérieur comportera des dessins de sa plume. Sa passion pour les origamis accompagne aussi son dernier disque pour lequel elle a tourné un clip montrant les figures en papier qu’elle a créées. Sa créativité s’étend en outre à l’univers des smartphones : elle a dessiné pour l’application de messagerie instantanée LINE une série de vignettes intitulées And Here Comes Alice, qui sont désormais téléchargeables dans le monde entier.

9/2016