SORTIE DE « SLEEP » DE MAX RICHTER, UNE ŒUVRE DE HUIT HEURES POUR PASSER LA NUIT

Max Richter, l’un des compositeurs britanniques de premier plan, a écrit ce qui est sans doute la plus longue œuvre de musique classique jamais enregistrée. SLEEP dure huit heures et est censé plonger l’auditeur dans le sommeil.

« C’est une berceuse de huit heures », explique le compositeur. Elle est écrite pour piano, cordes, électronique et voix, mais est dépourvue de paroles. « C’est ma version de la berceuse pour notre monde frénétique, reprend Richter. Un manifeste pour un rythme d’existence plus lent. » 

SLEEP sera donné en création mondiale en septembre de Berlin. Le concert durera de minuit à huit heures du matin et au lieu d’un fauteuil et d’un programme on aura droit à un lit. En septembre également (le 4), l’enregistrement Deutsche Grammophon sera proposé en téléchargement, et pour ceux qui préfèrent, une version courte d’une heure, from SLEEP, sortira en CD, en vinyle, en téléchargement et en streaming. 

« On peut dire que la version courte est destinée à être “écoutée” tandis que la version longue est conçue pour être “entendue” en état de sommeil », commente Richter, qui décrit le condensé d’une heure comme « une série de fenêtres s’ouvrant sur l’œuvre intégrale ».

Le compositeur s’est récemment fait applaudir à Covent Garden avec la « partition luxuriante et pleine d’atmosphère » (The Guardian) qu’il a écrite pour le ballet de Wayne McGregor Woolf Works, un portrait de Virginia Woolf et de ses œuvres. Influencé autant par le post-rock, la musique classique et l’avant-garde électronique, il a fait cinq disques en solo, et pour le sixième, qui a figuré parmi les meilleures ventes en 2012, « recomposé » Les Quatre Saisons de Vivaldi.

S’il n’attend pas de l’auditeur qu’il s’assoie et écoute SLEEP dans son intégralité, certains le feront certainement. « C’est vraiment une expérience pour essayer de comprendre comment nous percevons la musique à différents niveaux de conscience. » L’idée lui est venue, dit-il, parce qu’il est depuis longtemps fasciné par le phénomène du sommeil. « Dormir est l’une des choses les plus importantes que nous faisons tous, fait-il valoir. Nous passons le tiers de notre vie à dormir et ça a toujours été une de mes occupations favorites depuis que je suis petit. »

Au cours de la composition de l’œuvre, il a consulté l’éminent neuroscientifique américain David Eagleman pour en savoir plus sur la manière dont fonctionne le cerveau quand on est endormi. « SLEEP est pour moi une tentative de voir dans quelle mesure, lorsque notre conscience est en vacances, l’espace peut être une place où s’épanouit la musique. »

Le renouveau d’intérêt, au sein de la communauté artistique, pour des œuvres qui jouent sur la durée a fait dire à Richter : « Ce n’est pas quelque chose de nouveau en musique, cela remonte à Cage, Terry Riley, et LaMonte Young, mais cela revient aujourd’hui en partie comme réaction à nos vies effrénées – nous avons tous besoin d’un bouton pause. »

Il ajoute : « Les conventions d’exécution de la musique classique ne cessent d’attiser ma curiosité, ces règles rigides qui nous dictent quelle musique apprécier et comment. Au XXe siècle, en Europe, tandis que la complexité et l’inaccessibilité devenaient synonymes d’intelligence et d’avant-garde dans le domaine musical, nous avons perdu quelque chose en cours de route. Le modernisme nous a certes donné de nombreuses œuvres étonnantes, mais nous avons perdu nos berceuses. Nous avons perdu la communion dans le son. Le public est devenu moins nombreux. Toutes mes œuvres des dernières années explorent ce phénomène, comme le fait SLEEP. C’est une déclaration politique tout à fait délibérée. »


Coming soon

MAX RICHTER
SLEEP
and from SLEEP

Max Richter (Piano, Organ, Synthesizers, Electronics)
American Contemporary Music Ensemble (ACME)
Grace Davidson



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