BIOGRAPHIE 

Compositeur, pianiste, producteur, remixeur, « collaborateur extraordinaire » – Max Richter défie les étiquettes. Peut-être est-il une énigme. Ce qui est sûr, c’est qu’il est l’un des musiciens les plus prolifiques de sa génération.

S’inspirant autant des Beatles que de Bach, du punk rock et de l’ambient, il mélange la beauté baroque avec la méthodologie minimaliste, l’orchestration classique avec la technologie moderne.

Le résultat ? Une œuvre monumentale englobant des morceaux de concert, des opéras, des ballets, de la musique pour des installations (objets et vidéo), de multiples partitions pour le cinéma, le théâtre et la télévision, ainsi qu’une série de disques en solo plébiscités par le public qui renferment également de la poésie et de la littérature.

L’un de ses derniers défis a consisté à recomposer pour le XXIe siècle l’un des emblèmes de la musique classique, Les Quatre Saisons de Vivaldi.

Né en Allemagne, encore petit lorsqu’il arrive en Grande-Bretagne, Max commence à prendre des leçons de piano à un jeune âge. Sa progression rapide dans la connaissance de la musique classique est tempérée par sa découverte du punk rock. Son voyage de découverte se poursuit avec Stockhausen et les minimalistes américains.

Il commence ses études à l’Université d’Édimbourg, les poursuit à la Royal Academy of Music, et les achève à Florence sous la houlette de l’influent compositeur d’avant-garde Luciano Berio.

« J’ai suivi une formation très classique mais j’étais complètement plongé dans ce qui se passait autour de moi en Grande-Bretagne à l’époque, au début des années 1980, et c’était l’electronica et le punk, explique Max Richter. Les premières fois où je suis allé au concert, c’était pour entendre The Clash et Kraftwerk, j’avais quatorze ans. J’adorais l’énergie primitive du punk, mais à la même époque je faisais de la musique classique et j’utilisais des fers à souder pour construire des synthétiseurs analogiques dans ma chambre. Dans mon esprit, ces choses ont toujours coulé ensemble. »

La musique de Max Richter est marquée par diverses influences : l’esthétique minimaliste dont on suit la trace depuis les compositeurs du début des années 1960 (Steve Reich, Philip Glass) jusqu’au punk rock et à l’invention de l’ambient par Brian Eno dans les années 1970 ; les enseignements d’une formation classique et l’empirisme de l’avant-garde ; les méthodes de découpage de la musique de danse électronique et la culture remix cannibalesque d’aujourd’hui.

Max Richter commence sa carrière dans Piano Circus, un ensemble de musique contemporaine dont il est cofondateur et qui commande et joue des œuvres de Steve Reich, Arvo Pärt, Philip Glass et Brian Eno. Il y reste dix ans, le temps de faire cinq disques, intégrant progressivement des éléments électroniques et des « sons trouvés », deux des composantes de sa future marque de fabrique.

Il travaille ensuite avec le duo de musique électronique The Future Sound of London (1996–1998) et les lauréats du Mercury Music Prize Roni Size and Reprazent (2000).

Brisant ses liens avec ces musiciens, il se lance dans ce qui va devenir son premier album « solo », l’œuvre orchestrale Memoryhouse (2002), qui intègre des sons électroniques, des enregistrements et des voix. Memoryhouse est plus tard utilisée comme bande-son du documentaire de la BBC Auschwitz – The Nazis And The Final Solution (2005), et donnée en concert à Londres, au Barbican Centre (2014).

Le disque suivant, The Blue Notebooks (2004), est son premier album pour le label Fat Cat Records. On y entend l’actrice Tilda Swinton lire des extraits d’œuvres de Kafka. « J’ai envoyé mon enregistrement de démonstration à Fat Cat entre autres parce que j’avais entendu le premier album de Sigur Rós pour ce label, qui sonnait comme du Arvo Pärt avec des guitares. Je savais donc que je me sentirais bien dans cette maison de disques », explique Richter.

Suivent Songs From Before (2006), où le chanteur-batteur Robert Wyatt lit du Haruki Murakami, et un album de sonneries téléphoniques, 24 Postcards In Full Colour (2008).

Le disque en solo le plus récent de Max Richter, Infra (2010), inspiré par le poème The Waste Land (« La Terre vaine ») de T. S. Eliot, réunit un piano, des sons électroniques et un quatuor à cordes. Il prolonge une partition composée pour un spectacle conçu en commun avec le danseur Wayne McGregor et l’artiste visuel Julian Opie sur une commande du Royal Ballet de Covent Garden.

La musique de Max Richter sert de base à de nombreuses autres œuvres chorégraphiques, notamment de Lucinda Childs, du Nederlands Dans Theater, du Ballet du Rhin, de l’American Ballet Theatre, de l’Opéra de Dresde, du Het Nationale Ballet (Pays-Bas) et du Ballet National de Norvège.

Richter écrit plusieurs partitions sur commande – récemment, pour Covent Garden, l’opéra de chambre Sum, d’après le fameux ouvrage de David Eagleman Bis : Quarante chroniques de l’Au-delà, et, pour la violoniste Hilary Hahn, Mercy.

Dans le domaine des beaux-arts, il compose la paysage musical The Anthropocene pour l’installation de Darren Almond à la galerie White Cube de Londres (2010) et travaille à deux reprise avec le collectif d’art numérique rAndom International, sur les installations Future Self (Berlin 2012) et Rain Room (Londres 2012/New York 2013), pour lesquelles il écrit la musique.

Parmi ses musiques de film, citons celle du long-métrage plusieurs fois primé Valse avec Bachir (2007), du réalisateur israélien Ari Folman. Sa musique est par ailleurs utilisée dans plus de trente films et bandes-annonce tournés par Martin Scorsese (Shutter Island, 2010), Clint Eastwood (J. Edgar, 2011), André Téchiné (Impardonnables, 2011), Ridley Scott (Prometheus, 2012) et Terrence Malick (À la merveille, 2012).

En outre, il produit deux disques folk : Lookaftering (2005), l’album come-back de la légende des années soixante Vashti Bunyan, et Rocking Horse (2008), de l’ancien chanteur de Sneaker Pimps Kelli Ali.

Max Richter a remporté de nombreux prix, notamment avec Valse avec Bachir (prix du cinéma européen dans la catégorie « Meilleur compositeur »), Lore et L’Étrangère.

Récemment, il a également été récompensé en Allemagne par le prestigieux ECHO Klassik pour sa « recomposition » des Quatre Saisons de Vivaldi, réalisée sur invitation de Deutsche Grammophon, en 2012. Cet album plébiscité vient d’être réédité avec de nouveaux remixes et des ajouts « ambient » – que Max Richter appelle « ombres » – et un DVD de concert.

Max Richter a choisi ses moments préférés de la partition et les a remodelés pour en faire de « nouveaux objets », superposant des fragments familiers ou les juxtaposant en boucle pour revigorer une œuvre usée par l’emploi abusif qui en est fait dans les ascenseurs, les publicités télévisées et comme indicatif d’attente. « Je n’ai gardé que vingt-cinq pour cent des notes, mais il y a de l’ADN Vivaldi dans chaque mesure, explique Max Richter. J’ai conservé les gestes et les formes, les textures et les nuances. Certains bouts sont de Vivaldi, d’autres sont mes fantasmes, mes pensées à haute voix sur les Quatre Saisons. »

Max Richter pense que le compositeur italien aurait apprécié la transformation de son œuvre vieille de trois cents ans. « Vivaldi était lui-même une sorte de rock star, un violoniste incroyable avec de longs cheveux rouges, qui avait formé un orchestre de jeunes filles pour jouer sa musique à des concerts où des femmes s’évanouissaient. À chaque époque, les compositeurs ont fait des emprunts chez d’autres compositeurs et du recyclage, Vivaldi lui aussi, par conséquent je pense qu’il aurait eu de la sympathie pour ce projet. »

Suite à ce premier succès, Max Richter a signé en mars 2014 un contrat exclusif avec Deutsche Grammophon. Le nouveau chapitre de sa carrière extraordinaire va maintenant commencer…

3/2014

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