Daniil Trifonov - Biographie

Chaque fois que Daniil Trifonov donne un concert, un silence particulièrement intense saisit la salle avant qu’il ne commence à jouer. De ce silence émerge une musique d’une qualité rare, transcendante et révélatrice. « Ce qu’il fait avec ses mains, techniquement, est incroyable », observe une voix experte peu après que le jeune pianiste russe a remporté la finale du Concours Tchaïkovski de Moscou, en 2011. « Son toucher aussi – il a une tendresse mais également l’élément démoniaque. Je n’ai jamais rien entendu de pareil. » Ce n’est pas là le commentaire d’un journaliste professionnel, mais de l’une des plus grandes pianistes qui soit, Martha Argerich, qui en conclut que Trifonov est en possession de « tout ce qu’il faut et même plus ». Elle n’est pas la seule à penser cela, comme le montrent les ovations du public, plusieurs prix internationaux, et un déluge de comptes rendus mirifiques. En juillet 2015, Richard Morrison, grande plume du Times, écrit que « [Trifonov] est sans aucun doute le pianiste le plus étonnant de notre époque ». Ce verdict est confirmé en juillet 2016 par le Neue Zürcher Zeitung qui parle à propos de Trifonov de « miracle russe » et le considère comme un pianiste sans égal par son mélange de « spontanéité, de prise de risque et de technique à toute épreuve ».

Son jeu, mélange captivant de puissance et de poésie, témoigne d’un talent exceptionnel. Inventivité, brio, originalité – ces qualités ne se manifestent pas uniquement dans ses interprétations : compositeur à la réputation grandissante, il a franchi une marche supplémentaire en avril 2014 en jouant la partie soliste particulièrement ardue de son Premier Concerto pour piano lors de la création de l’œuvre au Cleveland Institute of Music.

En février 2013, Deutsche Grammophon annonce la signature d’un contrat en exclusivité avec Daniil Trifonov. Au programme de son premier récital pour le label jaune, enregistré en direct au Carnegie Hall de New York, figurent la monumentale Sonate en si mineur de Liszt, la Sonate-Fantaisie de Scriabine et les vingt-quatre Préludes op. 28 de Chopin. Le double disque est sélectionné pour les Grammy® 2015 dans la catégorie « Meilleur solo instrumental classique » et permet à Trifonov de remporter un ECHO Klassik 2014 dans la catégorie « Révélation de l’année (piano) ». Son deuxième disque Deutsche Grammophon, consacré à Rachmaninov, sort en août 2015. Il comporte une lecture fascinante des Variations sur un thème de Paganini, avec l’Orchestre de Philadelphie et Yannick Nézet-Séguin, ainsi que des interprétations remarquables des Variations sur un thème de Chopin et des Variations sur un thème de Corelli. L’album est complété par une pièce virtuose de la plume de Trifonov, Rachmaniana. Le double disque suivant, Transcendental (sortie en octobre 2016), renferme l’intégrale des Études de Liszt. Trifonov, qui est le premier interprète à enregistrer chez Deutsche Grammophon l’ensemble de ces pages terriblement difficiles, a d’ores et déjà été qualifié d’ « héritier de Liszt » par le Washington Post.

Depuis son premier prix au Concours Tchaïkovski, Trifonov donne des concerts et des récitals dans le monde entier. On peut l’entendre avec de nombreux orchestres et chefs de renom dans des salles et des festivals prestigieux. Aux BBC Proms 2015, son interprétation des Premier et Troisième Concertos de Prokofiev avec le London Symphony Orchestra et Valery Gergiev a un succès retentissant. « Trifonov a fait preuve d’une vélocité sidérante dans le Premier Concerto et donné une élégance absolument envoûtante au Troisième […] du piano extraordinaire… », commente le Guardian au lendemain du concert.

Sa saison 2015–2016 est marquée par une série de jalons importants : il donne son premier récital au Walt Disney Hall de Los Angeles ; il fait une grande tournée de récitals en Europe avec des étapes à Vienne, Berlin, Genève, Paris, Rome, Lisbonne, Barcelone et Amsterdam ; il se produit pour la première fois à un concert d’abonnement de l’Orchestre de Philadelphie ; il est en résidence au Wigmore Hall pour une série de quatre concerts ; il part en tournée en Amérique du Nord avec l’Orchestre symphonique de Montréal ; il joue avec l’Orchestre de San Francisco et Michael Tilson Thomas, et avec le Philharmonique de Munich et Valery Gergiev ; il participe à une tournée en Asie du Philharmonique tchèque et à une tournée européenne de dix concerts de l’Orchestre de Pittsburgh.

Sa saison 2016–2017 démarre avec des concerts estivaux aux festivals de Verbier, Ravinia, Aspen, Edimbourg, et aux BBC Proms. Il se produira ensuite avec la Staatskapelle de Dresde et Christian Thielemann au Semperoper, et au Festival de Pâques de Salzbourg. Il jouera le Troisième Concerto de Rachmaninov avec l’Orchestre de Los Angeles et Gustavo Dudamel, et avec le Philharmonique de Berlin et Sir Simon Rattle ; le Vingt-Cinquième Concerto de Mozart avec le Philharmonique de New York et Vladimir Jurowski (au Lincoln Center) ; les Deuxième et Troisième Concertos de Rachmaninov avec le Philharmonique de Munich et Valery Gergiev. Il donnera un récital de pages de Schumann, Chostakovitch et Stravinsky à Carnegie Hall et à travers l’Europe, et il fera une grande tournée en Australie.

Daniil Trifonov naît le 5 mars 1991 à Nijni Novgorod de parents tous deux musiciens professionnels. « J’ai commencé le piano à cinq ans et je composais, aussi, et faisais sans arrêt des petits concerts », se souvient-il. Il donne son premier récital avec orchestre à huit ans, un moment qui lui est resté gravé en mémoire parce qu’il perd une dent de lait en plein milieu du concert. Durant ses années d’études à la fameuse École de musique Gnessine de Moscou, il emprunte à son professeur Tatiana Zelikman des enregistrements historiques de grands pianistes, tirant des enseignements durables des interprétations de Rachmaninov, Cortot, Horowitz, Friedman, Sofronitsky et autres représentants de l’âge d’or du piano. « Parmi les pianistes qui m’inspirent aujourd’hui figurent Martha Argerich, Grigory Sokolov et Radu Lupu », explique-t-il.

En 2008, à seize ans, il obtient le cinquième prix au quatrième Concours Scriabine de Moscou. L’année suivante, sur le conseil de Tatiana Zelikman, il entre dans la classe de piano de Sergueï Babayan au Cleveland Institute of Music où il étudie aussi la composition. En 2011, il remporte le treizième Concours international de piano Arthur Rubinstein à Tel-Aviv avant de retourner dans son pays pour se présenter au quatorzième Concours Tchaïkovski où il gagne le premier prix, le grand prix, le prix du public, ainsi que le prix de la meilleure interprétation d’un concerto de Mozart. Le Financial Times, qui admire les progrès irrésistibles de sa carrière et loue son imagination débordante, écrit : « Ce qui fait de [Trifonov] un tel phénomène, c’est le caractère extatique qu’il donne à ses interprétations, l’intensité dévorante de sa présence sur scène se traduisant en quelque chose de fascinant, d’absorbant, d’inspirant. Il n’est guère étonnant que toutes les capitales occidentales soient sous le charme. »

7/2016