IVO POGORELICH CHOPIN RAVEL PROKOFIEV 4636782

Ivo Pogorelich, by contrast, rubs your nose in "Gaspard de la nuit's" demonic subtext. He stretches Ravel's phrases to their breaking points with a degree of specificity and control that dares you not to pay attention. Prokofiev's Sixth Sonata is similarly worked out to the proverbial nines. It's good to have this coupling amply remastered for DG's Originals series, notwithstanding the addition of a rather wilful account of Chopin's "Funeral March" Sonata from the pianist's 1981 DG début recital.

I think there can be no doubt that this is one of the great recorded versions of "Gaspard" . . . there are many fine recordings of "Gaspard de la nuit" but for me this is the most chilling and acute evocation of all . . . one of the most striking things about Pogorelich's 'Scarbo' is his supreme capacity to play piano and pianissimo without losing the quality of his sound. A great deal of 'Scarbo' is marked to be played very quietly and if you are able to convey this injunction then the violence of the final pages in particular is made all the more volatile and explosive . . . For me this is a 'Scarbo' full of 'staring eyes and startin muscles' (Virginia Woolf on a short story by DH Lawrence!), unforgettably eerie and full of things that go bump in the night. This, for me, is the most masterly and satanic of all "Gaspards".

Ici, l'extravagance fait place à une virtuosité encore plus folle mais rigoureuse. Depuis Samson Francois, on n'avait jamais entendu Gaspard de la nuit interprété avec autant d'urgence, de nervosité rageuse (dans Scarbo surtout!) mais aussi avec autant de légèrté. La technique transcendante de Pogorelich transforme cette musique en une étonnante dentelle ouvragée. Rien de fantasque non plus dans la Sonate de Prokofiev, interprétée sans lourdeur, avec une violence retenue et un bon équilibre entre une forme impeccablement classique et des ambiances mystérieuses.

Le jeu lumineux et délié de Pogorelich franchit tous les obstacles avec une souplesse et une facilité stupéfiantes, rappelant celles du jeune Horowitz, mais la conception, très romantique, surprend . . . articulation fantastique, doigts d'acier, rythme impeccable, vigueur mais aussi douceur, humeur changeante, insouciance et légèreté.

Feu de joie. Recommandation triplement indiscutable ! . . . Rien n'est laissé au hasard, rien à l'inspiration du moment, rien à l'humeur. Tout ici avance avec un sens souverain de la nécessité, l'urgence ne provenant pas d'une simple furia, mais de cette rare alliance d'une stupéfiante maîtrise formelle avec une virtuosité phénoménale. On tient sans doute ici le "Gaspard" le plus génial de la discographie, avec une "Ondine" aussi fluide et poétique que l'on puisse la rêver, un "Gibet" fuligineux, und "Scarbo" par-delà les superlatifs, tour à tour rageur, insinuant, glacé, visionnaire. La no. 6 de Prokofiev est de la même trempe, écrasante et implacable. Quant à la "Funèbre" de Chopin, très diversement appréciée à sa sortie, elle est prodigieuse . . . Prise de son exceptionnelle.